Album Folklore première critique

Voilà une très belle critique de l’album sur Classiquenews !

« le flux quasi improvisé du jeu de l’interprète, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux. »

 

 

Article :

« CD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie Sévilla-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe). URGENCE et PROFONDEUR… Ne vous méprenez pas sur le sens du titre de cet album révélateur : rien de « folklorique » dans ce programme qui engage de fait toutes les ressources expressives et intérieures de l’interprète : la formidable Sonate pour violoncelle seul de Kodaly (opus 8, 1915) exprime dans une langue pourtant bercée de mélodies populaires hongroises, la profondeur semée de terreur et d’angoisse d’une âme désespérément solitaire : l’âpreté se dévoile dans le sillon d’une éloquence pudique mais jamais mièvre, et toute l’imagination dans l’urgence et la justesse de Julie Sévilla-Fraysse éclaire la partition par son sens du drame lové, puissant, angoissé mais toujours replié dans les tréfonds de la psyché. « Con grand’espressione » comme il est indiqué dans la partition, l’Adagio central accumule tremolos, arpèges, glissandi d’une ivresse tragique spectaculaire, dans une forme éclatée qui laisse dans l’apparence de l’improvisation, le feu intérieur, se consommer littéralement par la voix du violoncelle. Et même si le dernier mouvement est enchaînée avec cet adagio d’une force tellurique, comme s’il en permettait l’atténuation libératrice (mais à coups de convulsions à peine canalisées, en une fièvre rapeuse), l’ambiguïté règne encore dans sa forme semi rondo ; c’est un cauchemar canalisé mais présent, que le premier mouvement, plus lyrique mais tout autant agité, torturé, profondément tiraillé, ne laissait pas présager. La souplesse volubile de la violoncelliste creuse chaque mesure pour en distiller le miel mordant et pénétrant, la déchirante plainte qui subjugue par son cri mi animal mi humain. La forme Sonate éclatée, le flux quasi improvisé du jeu de l’interprète, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux .L’insouciance chopinienne du Rondo opus 94 de Dvorak (1891 : pour piano et violoncelle) mêle avec une même réussite entre grâce et élégance, la fusion de l’insouciance et de la nostalgie (avec une relecture très originale de la Duma (ballade ukrainienne).Il faut bien le ton plus rêveur, plus distancié (après l’immédiate sincérité expressionniste de Kodaly) de Janacek (Pohadka, 1910) pour rétablir l’équilibre psychique d’une écoute assaillie, et même menacée par les pointes si justes car viscérales de Kodaly. Le ton léger, mais faussement badin, de cet onirisme si spécifique au Janacek qui sait s’émerveiller jusqu’à la fin (La Petite Renarde rusée) jaillit dès Pohadaka (Le Conte, histoire du Tsar Berendei ou plutôt celle de son fils Ivan que le père a promis à une créature immortelle et envoûtante …Marya). Le caractère mi fantastique mi amoureux structure les trois mouvements comme un drame miniature, où l’agilité suggestive des deux partenaires – violoncelle enivré, caressant et piano complice dans le rêve et la résolution des épisodes-, exprime le souffle. Le panache au violoncelle de la fière Rhapsodie hongroise de Popper (1894), entre brio et swing tzigane, conclue une immersion à bien des égards passionnante, marquant la fusion du savant et du populaire, parmi les créateurs les mieux inspirés par le « folklore » hongrois. Superbe récital. »

Posté le 24.09.2016 par Carter Chris-Humphray